L’Union européenne et 32 pays, dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, ont publié mercredi 12 août une déclaration commune pour condamner les exécutions de manifestants en Iran. Une mise en garde ferme qui intervient alors que Téhéran continue d’appliquer la peine de mort en dépit de l’indignation internationale.
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Une déclaration commune de 32 pays
Mercredi 12 août, la diplomatie européenne et une coalition de 32 États ont rompu avec la routine des condamnations timides. Dans un texte commun, ils disent condamner avec la plus grande fermeté les exécutions qui se poursuivent et le recours à la peine de mort par la République islamique d’Iran. Selon les signataires, cette pratique vise à « faire taire les dissidents, intimider des communautés et punir des personnes exerçant leurs droits fondamentaux ».
La déclaration, lancée par un premier groupe de 26 pays et la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, a ensuite été élargie. Le Quai d’Orsay a confirmé à l’AFP que d’autres nations s’étaient jointes à l’initiative, portant le total à 32 signataires. Un élargissement qui montre une mobilisation diplomatique inhabituelle, même si certains grands pays émergents brillent par leur absence.
Qui sont les 32 signataires ?
Outre la France, le Royaume-Uni et le Canada, de nombreux États européens ainsi que des partenaires du Pacifique ont apposé leur signature au bas du texte. On retrouve notamment :
- 🇩🇪 L’Allemagne
- 🇮🇹 L’Italie
- 🇮🇪 L’Irlande
- 🇱🇻 Les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie)
- 🇸🇪 Les pays scandinaves (Suède, Norvège, Danemark, Finlande)
- 🇦🇺 L’Australie et la Nouvelle-Zélande
La majorité de ces pays sont européens, aux côtés de partenaires anglo-saxons et océaniens. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a également fait part de son indignation sur X. « Sept mois après les crimes de masse commis à l’encontre du peuple iranien qui se levait pour réclamer la justice et la dignité, le régime continue de faire couler le sang en multipliant les exécutions », a-t-il écrit, avant d’ajouter que cette répression « insupportable et inhumaine doit cesser ». Une position qui fait écho à notre précédent article sur le mouvement de contestation.
La réponse cinglante de Téhéran
Jeudi matin, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a balayé les critiques. Sur X, il a reproché à la France et à d’autres pays de « faire la leçon au monde » sur les droits de l’homme et le droit international, évoquant une « hypocrisie flagrante et embarrassante ». Il a également raillé le soutien des Occidentaux à Israël dans la guerre à Gaza et leur agression contre l’Iran.
Derrière la charge rhétorique, cette réponse illustre l’isolement croissant de la République islamique. Alors que la condamnation internationale s’élargit, Téhéran persiste à justifier les exécutions comme une réponse aux « actes terroristes » fomentés de l’extérieur. Les violations des droits humains, elles, ne se voient pas discréditées par les déclarations officielles : elles s’accumulent dans un silence assourdissant.
Une escalade des exécutions selon l’ONU
Le même jour, les Nations unies ont exprimé leur inquiétude face à la multiplication des exécutions. Mercredi dernier, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « alarmé » par la hausse récente. Au moins 56 personnes ont déjà été mises à mort pour des raisons de sécurité nationale depuis les premières pendaisons liées aux protestations de début d’année. Plus de 100 autres risquent le même sort pour des chefs d’accusation similaires, sans compter celles jugées pour d’autres motifs.
Ces chiffres, officiels ou rapportés par des ONG, ne rendent qu’imparfaitement compte de la terreur qui frappe les prisonniers politiques. Derrière chaque statistique se cache une famille, un quartier, une ville qui retient son souffle. La justice iranienne, en l’occurrence, n’a plus rien de judiciaire : elle s’apparente à une machine de guerre contre son propre peuple.
Le contexte : une répression dans le sang
Pour comprendre l’ampleur du drame, il faut rappeler l’enchaînement des faits. Le mouvement de protestation n’est pas né de la guerre. Il a émergé fin décembre, d’abord sur fond de vie chère, avant de se transformer en vastes manifestations antigouvernementales. Les 8 et 9 janvier, les rassemblements ont culminé, les forces de l’ordre réprimant dans le sang. Le pouvoir a reconnu plus de 3 000 morts, imputant les violences à des « actes terroristes » orchestrés par les États-Unis et Israël. Les ONG, elles, évoquent des milliers de victimes supplémentaires.
Depuis le 28 février, l’Iran est plongé dans une guerre avec l’offensive américano-israélienne, un conflit qui exacerbe la répression intérieure. Les exécutions se sont multipliées à mesure que la contestation se durcissait, transformant les prétoires en antichambres de la mort. Selon Amnesty International et d’autres organisations, l’Iran reste l’un des pays qui exécutent le plus au monde, derrière la Chine. En 2025, les autorités ont fait exécuter au moins 1 639 personnes, un record depuis 1989, d’après les données d’Iran Human Rights et de l’ECPM.
Un record tristement historique
Ce chiffre ahurissant en dit long sur la stratégie du régime : éliminer physiquement toute voix dissidente pour décourager les générations futures. Le recours à la peine capitale n’est plus une exception, mais une politique assumée. Les victimes sont souvent jugées à l’issue de procédures expéditives, sans accès réel à un avocat, sans preuves solides, sans possibilité d’appel.
La déclaration des 32 pays, aussi ferme soit-elle, parviendra-t-elle à faire infléchir Téhéran ? Rien n’est moins sûr. Mais elle rappelle une certitude : la communauté internationale a les yeux ouverts, et chaque exécution ajoutée au triste bilan ne fera qu’accroître la pression sur le régime. Comme le dit si justement un proverbe persan, « le sang ne se lave pas avec du sang ». La question est de savoir combien de temps encore il faudra le scander.
Ce que 32 pays reprochent à l'Iran
Pourquoi ces 32 pays ont-ils signé cette déclaration ?
La déclaration vise à faire taire les dissidents et à punir ceux qui exercent leurs droits fondamentaux. Les signataires demandent l'arrêt des exécutions.
Qu'a répondu Téhéran à cette condamnation ?
Le ministre iranien des Affaires étrangères a accusé les Occidentaux d'hypocrisie et de faire la leçon sur les droits de l'homme. Il a aussi évoqué leur soutien à Israël.
Combien de personnes ont été exécutées depuis le début des protestations ?
Au moins 56 personnes ont été mises à mort pour des raisons de sécurité nationale. Plus de 100 autres risquent le même sort, selon l'ONU.
La France a-t-elle réagi individuellement ?
Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères, a dénoncé une répression insupportable et inhumaine sur X. Il demande que le régime cesse de faire couler le sang.
Vous êtes plutôt convaincu ou plutôt sceptique ?
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Ancien journaliste de presse quotidienne régionale passé par la radio publique, Gabin Masson dirige aujourd’hui la rédaction de Gni Media, une dizaine de plumes attachées à l’Ouest. Sa règle : aucune information ne paraît tant qu’elle n’est pas recoupée.